Retrait des Big Four : L’Afrique francophone à la croisée des chemins comptables Par Dr. Stéphane TOUKAM – Career Academy Institute
Ce n’est pas une simple nouvelle d’actualité. C’est un signal d’alarme. Un tremblement
silencieux qui secoue nos fondations économiques. Le départ progressif d’Ernst & Young,
suivi discrètement par Deloitte, KPMG et PwC, marque peut-être un tournant décisif.
Non, il ne s’agit pas d’une crise passagère. Il s’agit d’un changement profond, structurel. Et si
nous ne réagissons pas vite, nous risquons de perdre bien plus qu’un marché : une génération
de talents va se perdre, faute de structures, de normes et de reconnaissance internationale.
Le vrai problème : une pénurie chronique de professionnels certifiés
Beaucoup pensent que ce sont les marchés qui font fuir les Big Four. Mais la vérité est ailleurs : il n’y a simplement pas assez de bras qualifiés pour porter ces missions.
Dans toute l’Afrique francophone subsaharienne, on compte à peine quelques centaines
experts-comptables certifiés selon les standards IFAC — à peine de quoi remplir un amphithéâtre universitaire. Pendant ce temps, chaque année, des milliers de diplômés sortent
des universités locales avec un parchemin en poche… mais aucun avenir professionnel clairement tracé.
Et pour cause : il n’existe presque aucun programme national de certification aligné aux
standards mondiaux (IFAC, IPA, AFA, ACCA, CPA). Rien de sérieux. Rien de scalable.
Rien qui puisse donner confiance aux investisseurs ou aux jeunes désireux de construire une
vraie carrière.
Résultat ? L’Afrique francophone devient peu à peu un point aveugle sur la carte mondiale de la gouvernance financière.
Conséquences lourdes pour nos économies
- Perte de crédibilité auprès des bailleurs de fonds et des investisseurs étrangers.
- Non-conformité aux normes internationales exigées par l’OCDE, le FMI ou la
Banque mondiale. - Incapacité à auditer sérieusement les budgets publics, les projets financés par
l’aide extérieure ou les contrats stratégiques. - Un métier en perte d’attractivité pour les jeunes, qui préfèrent fuir vers d’autres
domaines. - Multiplication des “faux experts”, sans formation solide ni supervision éthique.
L’urgence absolue : former massivement, encadrer durablement
L’Afrique anglophone a compris depuis longtemps comment structurer ses professions
comptables. Elle a bâti des ordres puissants, reconnus internationalement, ancrés localement.
Nous, Africains francophones, avons tardé. Mais il n’est pas trop tard.
Il est temps de comprendre que ce n’est plus suffisant d’avoir un seul ordre national. Ce
qu’il faut, c’est créer plusieurs structures professionnelles fortes, organisées autour des
grandes spécialités du chiffre :
- Comptabilité financière
- Audit & contrôle interne
- Comptabilité publique
- Forensic & lutte anti-fraude
- Comptabilité environnementale
- Normes IFRS & fiscalité internationale
- Comptabilité islamique & éthique professionnelle
Créer des corps comptables professionnels multiples dans chaque pays francophone
Voici ce que chaque pays francophone doit viser :
- Un Ordre principal des experts-comptables, membre de l’IFAC
- Deux associations d’experts-comptables certifiés, affiliées à l’IFAC ou à d’autres
fédérations mondiales - Un Institut des auditeurs internes, relié à l’IIA
- Un Institut des comptables publics et parapublics
- Une Chambre des praticiens en forensic accounting et enquêtes financières
- Une Association nationale des comptables environnementaux
- Un Institut des consultants en fiscalité et conformité internationale
Chaque structure doit :
- Être autonome, mais coordonnée avec les autres
- Offrir des certifications à plusieurs niveaux : technicien, praticien, expert
- Être alignée avec les standards internationaux (IFAC, IIA, etc.)
- Jouer un rôle disciplinaire et éthique clair
- Proposer une formation continue obligatoire
Former 100 000 professionnels certifiés d’ici 2035 : le défi des institutions africaines
Il est temps de passer à l’échelle. De généraliser des formations accessibles, exigeantes, et
reconnues :
- Expert-Comptable Certifié (ECC) – aligné MIPA / AFA/ACCA/CPA
- Diplôme en Contrôle Interne et Gestion des Risques
- Certified Public Sector Accountant/IPSAS
- Expert certifie en IFRS et Fiscalité Globale
- Certified Forensic Accountant
Mais aussi :
- Ouvrir ces formations à des partenariats internationaux avec l’IPA (Australie), l’IFA (Royaume-Uni), l’IIA, l’IICFIP…
- Imposer la certification comme critère obligatoire dans les appels d’offres publics, les audits de projets, les directions financières stratégiques
Le défi n’est pas technique… Il est politique et organisationnel
Car l’Afrique francophone regorge de talents. Ce qui lui manque, c’est un écosystème structuré, rigoureux, éthique.
Créer plusieurs corps professionnels dans chaque pays, c’est :
- Replacer les compétences au cœur du système économique
- Redonner confiance aux jeunes dans les métiers du chiffre
- Remplacer les dépendances étrangères par des institutions locales puissantes
- Refaire de la comptabilité un levier de gouvernance et de transparence
L’Afrique francophone doit devenir une puissance comptable émergente
Le retrait des Big Four n’est pas une fin. C’est un appel. Un cri d’alerte. Un rendez-vous historique avec notre destin professionnel. Il est temps de construire autre chose. Avec nos propres mains. Nos propres normes. Nos propres leaders.
Et maintenant ?
C’est l’heure de l’action collective. Nous lançons un appel à tous les acteurs clés :
- Gouvernements & ministères
- Universités & écoles de commerce
- Ordres existants & chambres consulaires
- Jeunes diplômés & praticiens expérimentés
Rejoignez l’Initiative pour la Souveraineté Comptable Francophone ! Participez à la création de votre propre corps professionnel. Formez-vous avec des certifications adaptées à notre réalité africaine
Pour en savoir plus :
- Email: cai@careeracademyinstitute.com
- Site web: www.careeracademyinstitute.com


